Les montagnes, celles quel'on grimpe et celles que l'on transporte sur son dos.
mardi 28 août 2007
L'amitié, partie 1
L’amitié, et donc les amis, sont pour moi très importants. Tout le long de ma jeunesse j’ai ressenti désespérément le besoin de me reconnaître et de rejoindre mes semblables malgré mon problème d’obésité qui faisait de moi souvent la risée de la cour d’école ou la cible, sinon la préférée mais du moins la plus lente, des terrocrates de la petite école. De ces années j’ai gardé un sens profond de la nécessité de la solidarité humaine, je n’en suis pas sorti amère, j’en suis sorti encore plus conscient du réconfort de l’amitié dans l’épreuve et de la multiplication de la joie qu’elle amène dans le succès. Je ne suis pas un solitaire, je suis un solidaire.
C’est pourquoi je considère important d’avoir fait participer d’autres personnes à mes entreprises de montagne, malgré que ce n’est vraiment pas facile et que j’ai trop souvent accumulé des frustrations et des tensions avec des amis, souvent par ma faute d’ailleurs. Nous avons fait des projets communs, mais chacun y a mis un désir, un objectif, individuel et, parfois, ceux-ci sont conflictuels avec le notre. La fin de mon dernier projet, à l’Aconcagua, m’a donné l’occasion de constater encore cela et je me suis rendu compte qu’il y avait très peu de ces gens avec qui je resterais en contact à moyen terme, je ne sens pas la connexion, nous avons vécu des émotions intenses, mais je ne sais pas si demain, la semaine prochaine, ou le mois prochain, j’aurai quelque chose en commun avec eux.
Cette constatation m’a donné l’occasion et la volonté d’éclaircir une question que je me posais depuis longtemps. Il y a 22 ans je suis allé faire le coopérant en Afrique de l’ouest avec une bande de jeunes enthousiastes comme moi qui, à l’aube de nos 20 ans, voulions changer le monde. Je me souviens très bien de cette fraternité que nous ressentions, des joies que nous avons partagées, des difficultés aussi. En revenant nous nous étions jurés de ne jamais perdre le contact, de ne pas nous oublier, d’être des amis pour la vie. Et la vie nous a lentement séparés, cette amitié durable que nous nous promettions dura parfois seulement quelques mois, parfois quelques années et je crois bien avoir perdu le contact avec le dernier il y a une quinzaine d’années. Nous nous étions rejoints dans l’exceptionnel et nous ne parvenions pas à nous retrouver dans l’ordinaire de nos vies, nous n’avions pas, à cette époque, des intérêts autres en commun pour nourrir l’amitié et l’intérêt longtemps.
Mais, parfois, j’étais nostalgique de ce temps et je me demandais ce qui avais bien pu advenir de mes amis. Que restait-il de ce que nous avions vécu? Est-ce que maintenant que mes cheveux avaient pris du gris, est-ce que je comprendrais mieux ce passé en retrouvant ces amis, est-ce que je comprendrais mieux ce qui nous séparaient? Je me suis donc mis à l’ouvrage et j’ai entrepris de retracer ces gens dont je n’avais parfois aucune idée de ce qu’ils avaient pu devenir.
Et, grâce à Google, entre autres, et un peu de bonne mémoire, j’en ai retrouvé plusieurs. J’en ai même retrouvé un à deux coins de rues de mon travail alors que je le croyais à l’autre bout du Canada. Il m’en reste à retrouver, mais déjà la semaine prochaine nous sommes quelques-uns à aller prendre un verre pour chacun se voir dans le miroir de nos souvenirs. 22 ans plus tard, qu’avons-nous fait de nos rêves, qu’avons-nous fait de nos passions. Je vous raconterai.
mercredi 15 août 2007
The big one

Il est temps de vous reparler un peu de montagnes...enfin, de celles que l'on grimpe.
La prochaine destination a été arrêtée: Denali (surnom: The Big one), Alaska, 6200 m, plus haut sommet de l'Amérique du Nord, en juin prochain.
-25c avec des vents pouvant aller à 80km/h
J'ai déjà grimpé plus haut, mais pas grimpé plus froid.
J'ai hâte, vous pouvez pas savoir!
J'aime le défi de la montagne et ce n'est vraiment pas étranger à ce qui fut ma condition d'obèse pendant toutes ces années. Vous savez, être essouflé et porter des charges insuportables sur mon dos, j'en ai pas mal l'habitude. C'est comme si ces année pénibles avaient été des années de préparation et d'entrainement.
Je ne vais pas faire la conquête de ce sommet, je n'ai pas la fibre envahissante, mais y contempler l'horizon, je ne dis pas non.
jeudi 9 août 2007
Du succès et de l'échec
Qu'est-ce que la réussite et qu'est-ce que l'échec?
La question a l'air peut-être un peu simpliste, mais elle a son importance.
Vous me direz : « Réussir c’est atteindre ses objectifs » et vous aurez raison, mais moi je vous dirai qu’il y a peut-être d’autres formes de succès.
À peu près tout le monde dans sa vie, un jour ou l'autre, a tenté ou tentera de perdre du poids. Parfois que quelques kilos, parfois plus... et la plupart échouerons à atteindre le poids ciblé ou à le conservé une fois atteint et plusieurs se décourageront de ce fait.
Un jour je me suis levé pour aller marcher, à cet instant précis j’étais un gagnant car j’allais à l’encontre de ma propre idée préconçue que je ne pouvais pas réussir. Il y a des avantages parfois à avoir une opinion merdique de soi-même : on fini par ne plus vraiment faire confiance à ses propres doutes sur soi;). À chaque pas que je fais, dans chaque essoufflement parce que je cours, je roule, je grimpe depuis, je réussis. Ma réussite n’est pas d’avoir perdu près de 100 kg, d’ailleurs je ne les ai pas perdu, je sais parfaitement où est allé chacun de ces kilos, mais dans chaque moment que j’ai consacré à changer les choses. Aujourd’hui, plus de 8 ans après, j’ai réussi et demain matin, je réussirai et si demain j’échoue parce que je suis paresseux, gourmand ou autre, la vie sera généreuse et m’offrira une autre journée après pour réussir de nouveau.
Perdre du poids et se mettre en forme c’est comme le Boléro de Ravel que j’écoute en ce moment : un thème inlassable qui commence très discrètement, on est même pas certain qu’il est là, on le perçoit à peine, puis, le thème revient, plus fort et ainsi, de plus en plus fort en crescendo, toujours le même thème, jusqu'à l’apothéose!
Seigneur, j’écris comme un preacher! Mais au fond, retenez ceci : ne vous donnez pas d’objectif précis en terme de perte de poids, votre première responsabilité si vous n’êtes pas bien dans votre peau est d’essayer d’y changer quelque chose, et essayer, c’est déjà réussir.
Alors aujourd’hui aller marcher une petite demie heure, rouler quelques kilomètres en vélo. Aujourd’hui, aprenez à réussir.vendredi 3 août 2007
L'obésité contgieuse (2)
Laissez-moi vous raconter une petite anecdote de ma jeunesse.
À mon adolescence j'étais un ado obèse, mais j'avais de la drive pour beaucoup de choses, j'osais, malgré mon poids, tenter de nouvelles choses. Par exemple, je m'étais bien juré, malgré mes 300 livres de l'époque, d'aller à mon bal des finissants avec la plus belle fille de l'école et, effectivement, c'est en très charmante compagnie (non mais vraiment très charmante, où que tu soit maintenant Esther, je te salut bien bas;)) que j'ai passé ce bal. J'étais donc capable, malgré ma condition et le malaise qui venait avec, d'agir.
Cependant, à 19 ans, il ya donc un petit long bout de temps, je suis parti pour passer quelques mois en Afrique de l'ouest. Là ce fut le choc, car, dans ces milieux très durs et très pauvres ou l'espérance de vie ne dépassait pas 35 ans et où la minceur extrême n'est pas un choix mais l'alternative santé au squeletisme de la famine, le surplus de poids est le symbole suprême de l'équillibre, de la réussite et d'un idéal physique pour eux inateignable. Bref, j'étais immensément populaire et j'étais devennu le fantasme de ces dames. Quand on a passé sa jeunesse à se sentir rejetté, c'est tout un changement!
Malheureusement j'en suis revennu avec la conviction que ce n'étais pas moi qui avait un problème de poids, mais que c'était ma société qui avait un problème avec mon poids, que c'était les autres qui étaient responsables de mon malheur et, pour les 10 années suivantes je me suis pogné le beigne (un beigne en pleine expansion) en me morfondant sur le l'injustice de notre société. Je n'étais plus le gros qui essayait, j'étais devennu véritablement amorphe face à la vie.
Tout ça pour dire qu'effectivement un aspect particulièrement important de notre prise de conscience de notre problème de poids est le reflet que notre société et notre milieu nous renvoit, bien avant les effets sur la santé. Je suis encore particulièrement convaincue que ce qui m'a sauvé la vie est le fait que je ne me suis jamais senti à ma place et "confortable" dans mon milieu comme obèse.
C'est selon-moi un des dangers de l'approche des "gants blancs" avec les obèses maintenant. Cette volonté de ne pas choquer, de ne pas bleser ni culpabiliser à tout prix m'inquiète. Mais de déresponsabiliser l'obèse en mettant la responsabilité sur les fast-foods, la publicité ou tout autre cause externe n'aidera aucunement les obèses: le jour où on se rend compte que l'on est gros, ce n'est pas l'industrie qui va maigrir pour vous. Être obèse n'est pas normal et le premier responsable est l'obèse lui-même car il sera celui qui pourra changer les choses.
Mais c'est assez pour aujourd'hui, allez hop, une petite marche ça vous fera du bien.
Bonne journée
mercredi 1 août 2007
De retour après une pause
Dernièrement une étude nous apprenait que l'obésité est socialement contagieuse ( http://content.nejm.org/cgi/content/full/357/4/370) . C'est à dire que si on se tient avec des gros on aura tendeance à engraisser et si on se tient avec des maigres on aura tendance à maigrir. Il ya là-dedans une logique implacable: on adopte et modifie nos comportements individuels en fonction de notre entourage et nos modèles de référence procèdent de la même logique.
Donc un conseil: donnez le bon exemple aujourd'hui, bougez un peu, c'est bon pour votre poids et pour celui de vos proches!
samedi 16 juin 2007
Et la montagne dans tout ça?

Oui, la montagne.
J'ai eu l'occasion de gravir des montagnes avec des gens qui le faisaient pour différentes raisons: pour le défi, pour l'exploit, pour briser la routine ou pour bien d'autres raisons. J'ai aussi eu l'occasion de grimper avec des gens qui n'aimaient pas la montagne et c'est à se demander pourquoi ils et elles le faisaient. Pour cocher ça sur une liste sans-doute: ok , fait, on passe à la suivante et il faut que j'achète du lait en revenant. Rien de plus.
Mais, pour moi, la montagne c'est pas mal plus que ça, c'est aussi beaucoup une allégorie de la vie. La plupart du temps le but en est très simple: un objectif, un sommet, mais pour y parvenir de nombreux sentiers ou voies que l'on choisira en fonction d'intérêts divers: pour le paysage, le défi, le plaisir etc. Donc si le but est unique, atteindre le sommet, les voies pour parvennir peuvent être nombreuses. De plus certains verront leur succès dans la mesure où ils auront atteint le sommet, alors que d'autres le trouveront dans le trajet pour y parvennir. De toute façon le sommet peut difficilement être l'aboutissement ultime: encore faut-il en redescendre, ce n'est que la moitié du chemin.
Aussi en montagne, comme dans la vie, nous n'avons qu'une obligation: essayer. Personne n'est obligé d'atteindre la cîme, mais tous doivent au moins tenter d'avancer. Si on cesse de tenter de progresser alors la montagne perd tout son sens. C'est dans la volonté de progresser que réside le sens.
Enfin j'ai aussi souvent prétendu que la montagne était une magnifique activité pour plonger en soi-même et retrouver un peu de son essence. Quand les cuisses sont douloureuses, que le souffle devient court et le chemin bien long et que chaque pas que l'on fait nous éloigne du confort et allonge d'autant notre chemin de retour, on se retrouve avec ce qu'il y a en nous, si c'est la paix, nous retrouvons cette paix, si c'est le trouble, nous retrouvons ce trouble. Pourquoi j'aime la montagne? J'aime la paix.
mercredi 6 juin 2007
Mon manifeste

J’ai eu divers problèmes de surplus de poids de l’âge de 6 ans à 32 ans, soit 26 ans de régimes, d’abandons, de frustrations et de variations de tour de taille. Successivement j’étais gros, j’étais rond, j’étais enveloppé et j’étais aussi victime d’obésité morbide, bien que je m’interroge sur le terme de victime.
Un jour, il y’a donc près de 9 ans, certaines choses ont changées, je suis passé d’un poids de 190kg à 90 kg, j’ai donc perdu la moitié de ma masse corporelle. Bien entendu j’ai changé mes habitudes alimentaires, j’ai fais de l’exercice, j’ai suivi un certain plan pour maigrir, mais ce n’est pas ce que je veux raconter ici. Je veux raconter un peu mon cheminement qui m’a mené à aujourd’hui et à accomplir ce que j’ai accompli pour, peut-être, inspirer quelqu’un à faire, pour lui-même, ce que j’ai fait pour moi. Également si mes écrits peuvent aider quelqu’un a éviter des erreurs coûteuses, ce sera toujours ça de gagné.Vous ne trouverez pas ici de trucs pour maigrir. Parce que ça n’existe pas les trucs pour maigrir de 50, 75 ou 100 kg. Peut-être que l’on peut perdre 1 ou 2 kg avec des trucs, mais pas des dizaines. Perdre une telle masse, de façon durable, commence entre les deux oreilles et chacun aura sa méthode plus ou moins efficace.
Je n’ai pas l’intention de faire la leçon à personne, rien ne me donne ce droit. Ma seule compétence en matière d’obésité c’est de l’avoir visitée de fonds en combles et d’en être revenu. L’Enfer existe, j’en reviens. Pas un enfer de souffrances aigues, non, il y en a des pires et d’autres ont souffert beaucoup plus que moi, mais un enfer de douleurs sourdes. Vous savez, celles qui suivent la blessure, celle qui reste après le choc, une douleur constante, une douleur d’infection.
Je l’expliquerai plus loin, mais je ne regrette pas 10 secondes du temps où j’étais obèse, curieusement je crois que cela a fait de moi quelqu’un de meilleur, mais je n’y retournerais pour rien au monde. Après tout, j’ai vécu le fantasme de bien des amateurs de science-fiction : j’ai vécu dans une autre dimension, mais je n’imaginais pas que ce serait la dimension XXXXXL.
Considérations sur l’obésité
Je crois aux dispositions génétiques, aux problèmes physiologiques et aux antécédents familiaux. Cependant je demeure convaincu que l’obésité est surtout un symptôme, une manifestation physique, d’un mal de vivre plus ou moins profond. Avoir un surplus de poids est une chose, je crois que l’on peut avoir des kilos en trop et être bien dans sa peau, Je suis cependant convaincu que l’on ne peut pas être atteint d’obésité morbide et être heureux. Le malaise physique, le malaise social, sont trop grands pour permettre le bonheur. L’obésité morbide n’est pas une manière de vivre, c’est une manière de mourir. Quand on est atteint d’obésité morbide, on meure au jour le jour, tranquillement, à feu doux.
Et, moi, je mourrais aussi. Entretenir une telle obésité c’est faire du suicide en longueur et c’est ce que je faisais, tout en ne m’attaquant pas à ce qui me donnait cette pulsion d’autodestruction. J’étais convaincu, à tors, que mon problème venait de mon poids. Et c’est très facile d’en être convaincu.
Nous vivons dans une société d’images où l’apparence physique prend le pas sur beaucoup d’autres considérations. On voit
L’obésité est un trouble pernicieux à véritablement débusquer. Contrairement à d’autres névroses, car je considère cela beaucoup comme une névrose, elle est évidente. L’entourage « voit » le trouble intérieur et y fait une fixation. À un ami dépressif on dira volontiers « as-tu consulté? », à un ami obèse on dira « as-tu pensé à un régime? » alors qu’au fond ce n’est qu’une fausse réponse. On m’a suggéré et j’ai essayé tous les régimes possibles et imaginables, je ne peux entendre, aujourd’hui, le nom de Montignac sans avoir un haut le cœur d’exaspération. Parce que les régimes pour moi ne servaient à rien, mon obésité prenait son origine entre les deux oreilles, c’était mon écran de fumée.
C’était un écran de fumée, mais c’était aussi un appel à l’aide. Mon corps ne faisait que traduire physiquement mon mal intérieur. Encore aujourd’hui j’ai de la difficulté à me voir sur des photos de cette époque. Pas parce que je me trouve repoussant, non, parce que ça me ramène à comment je me sentais et je demande comment j’ai pu le supporter si longtemps. Quand je me vois il y’a 9 ou 10 ans je ne vois pas l’obèse, je vois le gars mal dans sa peau et ça me frappe en pleine face à chaque fois. Et c’est ce mal qui était la cause de mon obésité, qui, au fond, n’était qu’un cri de détresse.
Un cri que je poussais depuis longtemps. Parce que, comme beaucoup d’enfants, un jour ou l’autre, j’ai appris à calmer mon angoisse en mangeant. Mais, pour moi, au lieu de ne faire que passer par ce stade, je m’y suis installé pour de bon et j’ai géré mon mal de vivre à coups de fourchette. Rapidement j’ai pris du poids et, tout aussi rapidement, on m’a mis au régime. J’ai donc appris très tôt à détourner mon attention du véritable problème.
Je le savais parce que j’avais déjà réalisé mon tour de magie en faisant disparaître à l’époque plus de 50 kg pour me retrouver à 85 kg quand j’avais 28 ans. Cependant ce n’était pas un numéro de magie, mais un numéro d’illusionniste. Même svelte j’étais encore aussi mal dans ma peau, j’avais encore le même malaise qui m’habitait et je ne comprenais pas pourquoi. Imaginez un peu ma désillusion : j’avais fait tout ce que je croyais nécessaire pour être heureux, j’avais mobilisé des efforts considérables pour atteindre ce but, tout ça pour me retrouver aussi malheureux à l’arrivée qu’au départ.
Inutile de vous préciser que ma chute fut brutale et, aussi, spectaculaire. En quelques années j’ai atteint, de nouveau, un poids absolument démesuré. Pensez-y, je portais du 78 de pantalons, j’avais un tour de taille plus important que ma grandeur, même les boutiques spécialisées ne pouvaient plus m’habiller. Lacer mes chaussures était devenu un sport extrême. De plus je fumais comme un déchaîné plus de deux paquets de cigarettes par jour. Il faut croire que mon suicide en longueur prenait trop de temps à mon goût, j’allais mourir à plus ou moins court terme.
Maigrir
Ainsi, j’ai enfin pu commencer à comprendre ce qui me poussait ainsi vers le gouffre et commencer ce que j’appelle maintenant ma «rédemption».
Un jour, j’ai décidé de prendre une marche. Pendant des années je n’avais pas essayé de marché longtemps parce que j’étais convaincu que je n’y arriverai pas, que c’était trop dur. Mais ce fut plus facile que je ne le croyais et je me suis surpris à me trouver bon. Tellement que le lendemain j’ai décidé de recommencer, et le jour suivant un peu plus et ainsi de suite. Depuis il n’y a que quelques journées dans toutes ces années où je n’e me suis pas entraîné de façon intensive.
L’activité physique
Les conséquences
Bien entendu il existe la chirurgie esthétique pour corriger ça, mais ça coûte très cher. De plus ce n’est peut-être pas obligatoire. Je suis maintenant relativement bien avec mon corps, bien que je n’irais pas jouer l’exhibitionniste. Vous savez, il y a vingt ans j’ai vécu un peu en Afrique chez les Kabyés du Togo, un peuple ou les hommes, quand ils passent à l’âge adulte, pratiquent la scarification rituelle. Ils se coupent la peau du visage pour marquer leur passage à l’âge adulte et leur appartenance à la communauté. Mon corps porte ses propres scarifications. Il porte les marques de plus d’un quart de siècle d’obésité, mais, ces marques, je les portes comme les cicatrices d’un noble et dur combat que j’ai gagné, et que je gagne encore chaque jour. Quand, aujourd’hui je vois, dans le vestiaire d’un gymnase, le regard de quelqu’un s’arrêter sur la peau flasque de mon ventre, je le prends comme un hommage à ma lutte. Comme si je suis dépositaire d’un savoir unique et bénéfique. Mon corps raconte une histoire, mon corps raconte mon histoire et elle n’est pas honteuse.
Au départ j’ai écrit que je ne regrettais absolument rien du temps où j’étais obèse, malgré les souffrances, malgré les cicatrices, malgré tout. Parce que je suis convaincu que cette expérience dans la dimension extra-extra-large m’a permis de devenir quelqu’un de meilleur.
Et c’est vrai pour plusieurs aspects de ma personnalité. On ne recommence pas sa vie, on la poursuit avec l’équipement que l’on a. J’avais le choix de regretté mes années, de m’en vouloir de n’avoir pas maigrit plus tôt ou bien d’en tirer les fruits, d’en retenir des enseignements précieux. Mon obésité, mes angoisses, furent pour moi un outil de développement personnel extraordinaire. Pour gauchement paraphraser Saint-Éxupéry : Je viens de l’obésité comme on vient d’un pays, c’est ma terre natale.
mercredi 30 mai 2007
Un début


Bonjour,
Créer un blogue n'est pas tout, encore faut-il avoir quelque chose digne d'être raconté. Il ne faut pas seulement prendre la parole, il faut être capable de l'enrichir.
Mais, toute bonne première rencontre commence par des présentations. Mon nom est François Morin, je vis à Montréal et j'ai maintenant 40 ans. Ce blogue se nomme "Chroniques d'altitudes" pour deux raisons : premièrement, j'aime la montagne et j'en ai quelques-unes à mon actif, des montagnes comme le Kilimandjaro (5895 m) et des plus importantes comme l'Aconcagua (6962 m)
Ça c'est le début que j'ai écris il ya déjà quelques semaines et je procrastinais sur le reste du message, mais bon aujourd'hui l'actualité m'a ratrapé et je commence donc différeement.
J'allais donc ajouté que ce blogue parle d'altitude,mais aussi d'attitude car grimper des montagnes à une signification différente pour moi parce que, il ya quelques années, j'étais très obèse, mais vraiment très très obèse et ce blogue se voulait un peu une façon de transmettre un peu de cette expérience acquise en prenant mon gros problème en mains.
Ce matin cependant l'actualité me pousse à l'action, on annonce en effet la création d'une coalition contre l'obésité morbide (www.lepoidsquitue.com) qui veut faire la promotion de la chirurgie comme solution à l'obésité morbide, et ça me mets hors de moi, voici ma réaction.
Bien entendu nous ne sommes pas tous égaux devant la prise de poids, certains engraissent beaucoup plus facilement que d’autres et nous connaissons tous des gens qui mangent en grande quantité sans prendre un gramme, c’est peut-être injuste quelque part, mais le jour où on se retrouve obèse ça ne change rien aux faits : ce n’est pas le voisin qui doit maigrir, c’est soi-même, la justice ou l’injustice de la situation n’ont rien à y voir. Je ne veux surtout pas culpabiliser les obèses morbides, de nombreux facteurs familiaux et sociaux encouragent la prise de poids et c’est loin d’être entièrement de leur faute s’ils sont obèses. Mais si la prise de poids n’est pas de leur faute, maigrir demeure leur responsabilité et pour ce faire il existe beaucoup de solutions dont la vaste majorité réside dans une alimentation plus saine, plus d’activité physique et l’adoption d’une meilleure hygiène de vie.
Je ne parle pas de vivre une vie plate remplie de festins de crudités moroses, je parle d’une alimentation variée, savoureuse que l’on déguste avec un plaisir constamment renouvelé, je parle d’une vie aussi que l’on savoure. Je parle aussi du plaisir de se sentir fort, en forme et actif, que son propre corps redevienne une source de satisfactions et de bien-être plutôt qu’une source de douleurs et de honte. Imaginé un peu, quelques secondes seulement, la satisfaction que j’ai pu ressentir en janvier dernier alors que je me tenais au sommet de la plus haute montagne des Amériques, l’Aconcagua alors qu’il y a moins de dix ans je ne pouvais même grimper un étage sans me reposer trois fois.
Entre les deux je ne me suis pas fait opéré et il n’y a pas eu de miracle, je n’ai pas changé de génétique ou de prédisposition naturelle à l’obésité et je ne ne suis pas devenu un être d’une volonté de fer, si je l’avais été je ne me serais jamais rendu à plus de 190 kg, mais, par contre, après avoir été endurant, je suis devenu persévérant. Après avoir enduré les malaises, la douleur et les maladies pendant des années j’ai décidé de consacrer toute ces énergies perdues à en faire de la persévérance et, croyez-moi, c’est beaucoup plus facile.
La chirurgie bariatrique fait partie des solutions, mais elle est et doit rester une solution de dernier recours qui, oui, reste nécessaire pour certaines personnes et c’est bien vrai que l’obésité tue : l’obésité n’est pas une façon de vivre, c’est une façon de mourir. Cependant la première personne qui peut changer les choses ce n’est pas le chirurgien, c’est l’obèse lui-même. Faire la promotion de solutions remettant la responsabilité première de la perte de poids en d’autres mains que celle de la personne qui a le problème de poids est un leurre, même pour des gens extrêmement obèse.
Oui c’est difficile, oui c’est décourageant et les excuses ne manquent pas pour renoncer, mais, si le défi est immense, la récompense est encore plus grande. De plus, cette prise en mains par soi-même à un avantage incroyable : on n’a pas besoin d’être inscrit sur une liste d’attente pendant des années, on peu commencer dès maintenant.